Page 3 - APEV - Bulletin numéro 15 - novembre 2008
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Procès Fourniret
“Procès du siècle”, procès du “tueur en série le plus abouti”, les mots sont
extrêmes pour parler du procès de Michel Fourniret et de Monique Olivier.
Regroupant dix affaires criminelles, dont - l’amélioration du circuit de remboursement Nous l’avons constaté lors de tous les procès
sept meurtres ou assassinats en Belgique des frais, et la simplification de la procédure où nous avons pu accompagner des
et en France, ce procès hors norme a d’indemnisation, familles, c’est un point sur lequel le tribunal
nécessité une organisation exceptionnelle, - la mise à disposition des victimes d’un de Charleville-Mézières a été particulièrement
en particulier pour l’accueil des familles de temps à l’audience pour leur permettre vigilant.
victimes. de s’exprimer et de projeter, s’ils le
L’APEV, pour la première fois, s’est portée souhaitent, des photos,
Au mois de septembre, le mensuel
partie civile à la demande de l’une des - la possibilité pour la partie civile de
de l’A.J. Pénale (l’Actualité Juridique)
familles et a été présente à presque toutes disposer d’un local isolé du public et des
édité par Dalloz, consacre un dossier
les audiences durant deux mois. Nous médias durant le procès.
à la nouvelle place de la victime au
avions suivi les familles d’Elisabeth, de
Pour la victime, le procès est l’aboutissement cours du procès et dans la procédure
Natacha, et de Céline depuis le début de la
tant du long processus judiciaire que d’exécution des peines. L’APEV a été
disparition de leur enfant, pratiquement
d’une démarche personnelle. C'est une invitée à donner l’avis des victimes.
vingt ans pour la première. Les parents se
épreuve à laquelle la victime doit se Ayant assisté aux deux mois du
retrouvaient dans les rencontres de l’APEV
préparer par une bonne connaissance du procès Fourniret à Charleville-
sans savoir ce qui les lierait dramatiquement
dossier, mais aussi psychologiquement, Mézières, Marie-José Boulay a
plus tard.
d’où l’utilité d’un accompagnement essayé de faire comprendre l’attente
L’attente a été longue, douloureuse, jusqu’à personnalisé. des victimes dans un article sur le
l’arrestation de Michel Fourniret en 2003. Il est donc indispensable que les victimes procès pénal et a émis quelques
Et après toutes ces années, l’aboutissement, soient régulièrement informées de l’évolution pistes de réflexion pour les procès à
le procès tant attendu. Les victimes sont de l’enquête et de l’instruction comme la venir.
venues chercher “justice”,elles ont le sentiment loi l’autorise.Mais ce n’est malheureusement
que c’est enfin chose faite. pas toujours le cas actuellement, de
nombreux juges d’instruction ne respectant
Les moyens mis en place pour assister les
pas l’obligation qui leur en est faite.
victimes lors de ce procès ne doivent pas
rester l’exception, mais devenir la norme Pour que le procès soit une étape, certes
pour tous les procès. très difficile,mais bénéfique,aidant la victime
Ainsi l’APEV demande : à tourner une page et à avancer dans la
- la saisie par le procureur d’une association vie, elle doit se sentir respectée, considérée
d’aide aux victimes pour toute la logistique et écoutée.
d’hébergement ainsi que l’assistance
d’une psychologue,
Des moments hors du temps, en marge du procès
Pendant toute la durée du procès, les Ces lieux ont été aussi le refuge de ceux uniquement comme la “ville du procès”.
victimes, les familles des victimes et les pour qui l’audience devenait trop difficile Le musée de l’Ardenne a ouvert ses portes
autres parties civiles avaient à leur ou qui avaient tout simplement besoin pour une visite privée commentée avec
disposition trois salles transformées en de calme et de repos. Chacun savait pouvoir passion par monsieur le conservateur du
petits salons dans lesquelles elles y trouver le soutien constant et discret musée. Dans ce lieu à l’architecture
pouvaient se retrouver, à l’abri du public d’un membre des associations d’aide magnifique, les familles ont pu s’évader
et des medias. aux victimes et des bénévoles de l’APEV. du procès et suivre avec attention
Sur une table, dans le salon du fond, des l’histoire de la région.
Après les plaidoiries, nous nous sommes
fleurs, des roses blanches toujours Ensuite autour d’un buffet dressé dans
retrouvés avec les familles et leurs
fraîches en mémoire des sept victimes. un autre lieu tout aussi magique et chargé
avocats autour de la même table dans
Dans les deux autres, de quoi échanger d’histoire, le musée Arthur Rimbaud, les
un restaurant de Charleville, pour un
ou se détendre autour d’un café. familles ont pu dialoguer en toute
repas animé, parfois joyeux, où les
Ces lieux s’animaient dès le matin, une simplicité avec Madame le Maire et les
échanges et les marques d’amitié ont
demi-heure avant l’audience : membres de la municipalité présents qui
été nombreux.
retrouvailles chaleureuses après une ont évoqué avec elles, certes la façon
nuit plus ou moins difficile, réconfort A la fin du procès, Madame Claudine dont la ville et ses habitants avaient
pour ceux dont on savait la pénibilité des Ledoux, maire de Charleville-Mézières, a vécu les meurtres de Céline et Mananya
heures à suivre pour les avoir subies soi- accueilli, le temps d’une soirée, les et commenté le procès, mais aussi parler
même la veille. Ce qui n’excluait ni les familles ainsi que les bénévoles des de sujets gais, futiles, parler “de tout et
plaisanteries, ni les rires. Dans ces associations pour leur présenter toutes de rien”.
moments intenses, il n’y a pas de les facettes et richesses de sa ville, afin Cette soirée a été vécue par tous comme
frontière entre le rire et les larmes. que celle-ci ne reste pas dans leur souvenir une parenthèse hors du temps.
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