Page 5 - APEV - Bulletin numéro 15 - novembre 2008
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Lutte contre la récidive


       Dès la création de l’APEV, en 1992, nous  médical, et  qui  n’ont  bénéficié  d’aucun  récidiver ? Nous ne pouvons donc considérer
       sommes allés à Montréal visiter le centre  traitement  ou  qui  l’ont  refusé, vont  être  la  rétention  de  sûreté  que  comme  une
       Pinel, seul centre connu à l’époque pour le  libérés ?                   solution très incomplète en réponse à la
       traitement des pédophiles visant à limiter  Aujourd’hui, nous ne pouvons que faire le  prévention de la récidive.
       les cas de récidives. La rencontre avec les  constat que nous faisions déjà il y a 20 ans :
                                                                                La presse et le grand public se focalisent
       médecins psychiatres québécois fut pour  des individus dangereux, désignés comme
                                                                                trop  souvent  sur  les  grands  criminels
       nous une révélation.                tel  par  les  médecins  psychiatres, connus
                                                                                comme  Fourniret  ou  Bodeim  et  tous  les
       A notre retour, nous avons alerté les services  de  la  justice, sont  remis  en  liberté  sans
                                                                                assassins  d’enfants. Cette  loi  n’est  pas
       publics sur la nécessité de créer un centre  véritable contrôle.
                                                                                faite pour eux, comment imaginer un seul
       similaire pour traiter ces individus et ainsi  Quelle que soit la solution adoptée, c’est
                                                                                instant  qu’un  individu  condamné  à  la
       mieux lutter contre la récidive. En vain.  un  constat  d’échec  de  la  politique  de
                                                                                réclusion  à  perpétuité  puisse  bénéficier
                                           réinsertion suivie  depuis  des  années  par
                             er
       Lors du débat sur la loi du 1 février 1994,                              d’une  libération  conditionnelle, pour
                                           tous  les  gouvernements  successifs.
       dite loi Méhaignerie ou loi sur la perpétuité                            ensuite  être  placé  dans  un  centre  de
                                           Maintenant, il y a urgence.
       réelle, la construction de centres spécialisés                           rétention, ce serait absurde. La rétention
       avait  été  envisagée. Depuis, les  La  réponse  du  gouvernement  est  la  de sûreté arrive trop tard dans le parcours
       gouvernements et  les  Gardes  des  création des  centres  de  rétention  de  d’un grand criminel.
       Sceaux successifs ont tous émis, un jour, le  sûreté  socio-médico-judiciaires  pour  les
                                                                                Nous pensons, depuis toujours, que dès la
       souhait de mettre en place une structure  individus dangereux  (loi  du  25  février
                                                                                première agression, la justice doit avoir les
       mi-hôpital mi-prison, sorte de sas entre la  2008).
                                                                                moyens d’agir.
       vie  carcérale  et  la  liberté, mais  rien  n’a
                                           Mais, comment  pourra-t-on  être  certain  Mais, on  le  sait, un  individu, bénéficiant
       encore  vu  le  jour. Les  Unités  de  soins
                                           d’avoir enfermé les “bons” ? C’est à dire  d’une  libération  conditionnelle, attend
       actuelles  n’en  sont  encore  qu’au  stade
                                           les agresseurs sexuels susceptibles de réci-  parfois  six  mois  avant  de  rencontrer  le
       expérimental.
                                           diver. Tout le monde le sait, la psychiatrie  Juge  de  l’Application  des  Peines  qui  doit
       Premier pas, la loi de juin 1998 instaure le  n’est  pas  une  science  exacte. Il  y  a  des  lui notifier les conditions de sa libération.
       suivi  socio-judiciaire  post-carcéral  des  écoles, les  avis  divergent, et  il  n’existe  Six mois sans aucun contrôle.
       agresseurs sexuels et l’injonction de soins ;  aucun  protocole  commun  accepté  par  On connaît les faibles moyens des SPIP. Un
       mais  depuis, peu  de  condamnés  ont  pu  tous. Dans ce cadre, une réflexion globale  agent de probation qui a en charge le suivi
       être ainsi traités par manque de médecins  et  des  recherches  scientifiques  et  de 100 à 150 dossiers, peut-il assurer un
       spécialisés  et  par  manque  de  moyens.  universitaires approfondies  vont-elles  suivi efficace ?
       Actuellement, par exemple, il n’y a pas de  être enfin menées sur la dangerosité ?
                                                                                Va-t-on  augmenter  le  nombre  de  JAP,
       médecins  coordinateurs  dans  tous  les
                                           Et, est-ce la seule solution ?       augmenter le nombre d’agents de probation,
       départements comme la loi le stipule, 10
                                           Car, une fois enfermées dans un centre de  former plus de psychiatres spécialisés ?
       ans après son vote.
                                           rétention, les  10, 30  ou  100  personnes  Va-t-on  enfin  créer  dans  les  centres  de
       La question reste donc posée : Que peut-  considérées comme les plus dangereuses,  détention  des  unités  de  soins  spécialisés
       on  faire  lorsque  des  agresseurs  sexuels,  qu’envisage-t-on de faire pour les milliers  en nombre suffisant ?
       dont  la  dangerosité  est  unanimement  d’agresseurs sexuels qui tous les ans vont  Après le débat suscité par le vote de
       reconnue par le personnel pénitentiaire et  sortir de prison et qui eux aussi pourront  cette loi, il est possible d’espérer.
       Procédure de déclaration d’irresponsabilité pénale



       Le principe de l'irresponsabilité pénale n’a  L’APEV avait également participé au groupe   d'interpeller tous les responsables,
       jamais  été  remis  en  cause  par  l’APEV.  de  travail  mis  en  place  par  le  Garde  des   de respecter la présomption d'innocence
       Nous avons toujours estimé qu’il est plus  Sceaux Dominique Perben en 2004, dont  durant  l’instruction, surtout  lorsque
       logique, dans un premier temps d’attribuer  les  propositions  allaient  dans  le  même  l'auteur présumé nie les actes qui lui sont
       les faits à un individu, et ensuite seulement  sens.                       reprochés,
       de savoir s’il était ou non responsable de                                de désigner officiellement l'auteur des
                                           Ces propositions ont été largement reprises
       ses actes au moment des faits.                                             faits après un débat public contradictoire
                                           dans la loi de février dernier.Nous ne pouvons
       Le débat sur la réforme de la déclaration                                  et l'audition de témoins,
                                           qu’en être satisfaits.
       d’irresponsabilité pénale n’est pas nouveau :                             de  lever  la  présomption  d'innocence
       en 2002, l’APEV avait constitué un groupe  La procédure était ambiguë,elle a été corrigée  après la désignation de l’auteur,
       de réflexion regroupant plusieurs familles  par la loi qui va donc permettre :   de décider de l’hospitalisation dans un
       de victimes avec des professionnels de la   de supprimer le non-lieu prononcé par  établissement spécialisé,
       justice et de la santé. Notre objectif était  le Juge d’Instruction,      de  déterminer  des  mesures  de  sûreté
       de mettre en évidence,les dysfonctionnements   de  ne  pas  clôturer  prématurément  lors de la sortie de l’hospitalisation.
       de la procédure judiciaire et de faire des  l'instruction, et aller jusqu’au bout de
       propositions d'amélioration.           l'enquête sur les faits,


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